Bonjour à mes amis lecteurs de ce modeste blog…
Si vous étiez avides de me lire, vous avez sans doute été frustrés par une absence de 15 jours… Je reviens vers vous. Mais je n’étais pas loin, j’étais à Lourdes, où, la semaine dernière, je participais à cette grande Rencontre Nationale, avec 2500 autres personnes de tous âges et de toutes les régions de France, pour le début des manifestations du cinquantième anniversaire du Concile Vatican II.
Peut-être pour certains d’entre vous, ce Concile ne dit pas grand chose, mais pour celles et ceux de ma génération il a été un grand moment dans notre vie de croyants catholiques. A l’époque où le Concile s’est tenu, entre 1962 et 1965, je n’étais pas particulièrement intéressé par ce qui se vivait dans l’Eglise catholique: j’étais jeune, étudiant à l’autre bout de la France, et avais d’autres sources d’intérêt et de préoccupations, en fait j’étais aussi insouciant que tout jeune de 20 ans! Je voyais bien que des choses changeaient, surtout dans la liturgie, mais je m’en sentais assez extérieur. Puis il y a eu mai 68, et le bouillonnement des événements a sans doute marqué plus fortement ma génération, même celle des jeunes cathos à laquelle j’appartenais, (sans aucun militantisme, d’ailleurs). Si je suis parti en coopération, en Amérique centrale, ce n’est pas à cause du Concile, mais par un désir profond de participer à l’effort en vue de la croissance des pays qu’on appelait alors “en voie de développement”.
C’est en entrant au Séminaire que j’ai découvert ce qu’avait été le Concile: les textes dont on me montrait comment ils étaient en phase avec ce que j’avais vécu en coopération, partageant les aspirations, les attentes, les espoirs et les angoisses d’une population qui, à l’époque, vivait dans la pauvreté, sous une dictature implacable; une population qui volontiers se tournait vers le ciel pour en attendre des raisons de continuer à vivre et à lutter; une Eglise qui était proche des pauvres et qui les soutenait dans leurs combats contre la pauvreté. Au Séminaire, nous lisions les textes, et pour moi c’était vraiment une découverte enthousiasmante qui donnait du sens à ma vie et à l’engagement que je m’apprêtais à prendre. La liturgie devenait un lieu où tout ce courant d’espérance revenait à sa source pour en repartir renforcé, dynamisé, éclairé, etc.
Même si, à Lourdes, il n’était pas question de cultiver la nostalgie, il n’était pas mauvais pourtant de retrouver la force de l’événement. Celui qui en fut le témoin, l’autre semaine, fut le cardinal Etchegarray. Dans le peu de temps de parole qui lui fut donné, il sut, plus que les autres, et de loin, transmettre un dynamisme que l’âge n’avait pas diminué: une invitation à nous tourner vers ce monde dans lequel nous vivons, à l’aimer avec toutes les potentialités qu’il recèle, à ne pas le fuir ni le juger avec hauteur, à y accueillir le Verbe de Dieu qui s’y incarne, à avancer avec les hommes et les femmes, nos contemporains, nos frères et soeurs, dont nous ne pouvons pas nous désolidariser, si nous sommes disciples du Christ puisqu’il s’est fait l’un d’entre eux… Vraiment un moment de transcendance, en comparaison duquel les autres interventions étaient, à mon avis, trop convenues et conventionnelles. Il y manquait le souffle du Concile. Il est vrai qu’à trop vouloir en revenir à la lettre du Concile, on risque d’en oublier l’esprit.
Ce la dit, ce fut aussi un moment de rencontres, même si le nombre était tel que le brassage était plutôt massif et impersonnel… Une réalité intéressante cependant: le clivage patent entre les générations, celles qui avaient connu le Concile (avant, pendant et juste après) et celles qui n’en avaient connu que les “applications” (sans trop savoir d’où elles venaient). Ces dernières découvraient les textes, mais je me demande si elles en ont perçu l’esprit!
C’est, je crois, la question actuelle au sujet de la réception du Concile Vatican II. Peut-on retrouver et vivre du souffle de l’événement? Ne serait-ce pas cela qui constitue la ”réception” d’un Concile? Ou s’agira-t-il plutôt de se plonger dans les textes, les constitutions, les décrets… pour les analyser, les décortiquer, et ainsi mieux s’y référer? Qu’appelle-t-on “réception” d’un Concile? That’s the question…
Heureusement, il y avait aussi le cadre. Pas seulement celui de Lourdes, toujours aussi prenant et inspirant. Mais aussi celui dans lequel les organisateurs avaient voulu situer cette rencontre, celui d’une célébration. Cela remettait toutes choses à leurs places: puisqu’il s’agissait de se mettre à l’écoute de l’Esprit, de rendre grâce à Dieu pour cet événement et de nous tourner ensemble vers l’avenir. Si on a bien compris ce qui s’est passé au Concile, il n’y a pas place pour quelque pessimisme que ce soit, face à la réalité dans laquelle nous vivons: c’est la nôtre, à nous d’y vivre dans le souffle de l’Esprit.
Voilà ce que je voulais vous raconter!